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Très bonne question ! Réponse dans leur déclaration officielle, un texte qui définit leur ligne de conduite parlementaire et où les sénateurs du groupe CRC-SPG expliquent notamment quel rôle ils entendent jouer au sein de la nouvelle majorité sénatoriale.

ECONOMIE

La Réunion a misé sur la diversité, l’originalité et la beauté de ses paysages

Tourisme et environnement outre-mer

Par Gélita Hoarau / 27 juin 2011

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur Magras, mes chers collègues, nous sommes amenés aujourd’hui à débattre d’un secteur d’activité porteur de promesses en termes d’emploi et qui représente vraisemblablement l’une des pistes pour sortir l’outre-mer de son marasme économique et social.

Comme l’a souligné notre collègue Michel Magras dans son rapport, l’outre-mer est divers et composite. Chaque territoire ultramarin dispose d’atouts et de handicaps qui lui sont propres, de sorte qu’une politique touristique établie pour l’un d’entre eux ne peut être transposable à un autre.

Au cours des années quatre-vingt-dix, le nombre de touristes à la Réunion a quasiment doublé, passant de 220 000 en 1992 à 430 000 en 2000, pour ensuite se maintenir à ce niveau pendant toute la décennie suivante. L’épisode du chikungunya a, certes, entraîné une chute de la fréquentation – 130 000 touristes de moins en 2006 par rapport aux années précédentes –, mais la reprise ne s’est pas fait attendre, puisque le nombre de touristes remontait de nouveau en 2007. En 2010, il s’est élevé à 420 000. On assiste donc, depuis 2000, à une stagnation de la fréquentation : malgré les efforts des élus et des professionnels du tourisme, ce secteur d’activité ne décolle pas, faisant dire à certains professionnels qu’il s’agit d’un tourisme « ronronnant ».

Pourtant, l’île ne manque pas d’atouts. Consciente de son manque d’attractivité en tant qu’île balnéaire – elle ne compte en effet que 30 kilomètres de plages, alors que l’île Maurice voisine en compte 160, sur un territoire plus exigu –, la Réunion a également misé sur la diversité, l’originalité et la beauté de ses paysages – nature exubérante, volcan en activité accessible et peu dangereux, littoral « sauvage », forêt primaire, cirques, entre autres – et sur le développement des activités liées à la nature, avec un positionnement « montagne, mer et écotourisme » – l’île compte en effet, notamment, 800 kilomètres de sentiers balisés de randonnées et de nombreux gîtes de montagne.

Ainsi, dès 1995, la protection des milieux naturels et agricoles a été définie comme un impératif par le schéma d’aménagement régional. Au fil des années, des outils réglementaires ont renforcé cet acquis avec la création du Parc national et de la Réserve naturelle nationale maritime. Cette dernière intègre 80 % des récifs coralliens de l’île, alors que, dans le monde, seuls 5 % des récifs coralliens bénéficient de mesures de protection. Des sites et paysages remarquables ont ainsi pu être préservés du mitage urbain suscité par la pression sur le foncier que subit le département du fait de la faible superficie de son territoire, d’une part, et de sa démographie dynamique, d’autre part.

Depuis le 1er août 2010, quelque 40 % du territoire réunionnais sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, d’autant que 30 % des espaces qui le constituent sont restés intacts depuis la découverte de l’île. Ce classement apporte une notoriété et une visibilité qui assoient la réputation de la Réunion comme territoire d’exception, avec des retombées touristiques prometteuses.

Même si certains sites ont pu être sanctuarisés, il n’en reste pas moins que cette richesse naturelle est fragile et fortement menacée si rien n’est entrepris pour, tout à la fois, la préserver et la valoriser. Le rapport du Comité national de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, notifie clairement que, sur les 905 variétés de fougères indigènes et de plantes à fleurs de la Réunion, 49 espèces végétales ont disparu, tandis que 275 autres, soit 30 % du total, sont menacées, une situation préoccupante pour la flore de notre île. Il y a donc urgence à prendre des mesures, parmi lesquelles la formation de personnels à la protection et la mise en valeur de ce patrimoine naturel.

Je réitère ici ma proposition de créer, pour l’environnement, un service d’intérêt public. L’Union européenne vient de reconnaître l’enjeu de la préservation de cette biodiversité en accordant aux régions ultrapériphériques, les RUP, et aux pays et territoires d’outre-mer, les PTOM, des financements destinés à la valorisation et la protection de leur biodiversité, dans le cadre du programme BEST.

Au tourisme de masse, la Réunion a donc préféré un tourisme équilibré, authentique, mesuré et intégré, ce qui a permis l’émergence de démarches responsables visant à l’amélioration de l’environnement et de la vie en milieu rural et à la diversification rurale. C’est le cas de la mise en valeur de la route Hubert-Delisle, mais aussi de la préservation et de la valorisation des villages créoles.

Ce choix offre au département des perspectives intéressantes, telles que le développement des produits haut de gamme intégrés dans l’environnement et respectueux de la norme « haute qualité environnementale », ou HQE.

Malheureusement, notre île cumule également des faiblesses, notamment dans l’offre d’hébergement, qui reste insuffisante avec ses 2 200 chambres en hôtels classés. Malgré la rénovation de friches hôtelières, la capacité d’accueil de qualité risque de rester insuffisante. Il faut du foncier, qui est difficile à trouver, d’autant que cette offre se polarise autour de la station balnéaire de l’ouest, déjà marquée par une densité relativement forte. D’où la nécessité de rendre prioritaire la création d’un hébergement hôtelier classé dans des zones à potentiel attractif comme le volcan ou les cirques. Une étude sur l’installation d’« écolodges » dans le parc national est actuellement en cours.

La diversification de ses clientèles constitue une autre faiblesse de la Réunion. Comme aux Antilles, les touristes en provenance de la France continentale y sont fortement majoritaires, puisqu’ils représentent 80 % de la clientèle. Cela s’explique en partie par l’éloignement de l’île des grands couloirs aériens et par l’absence de liaisons directes avec les grandes capitales européennes.

La Réunion tente également de se tourner vers une autre clientèle, celle des pays du grand océan Indien – Afrique du Sud, Madagascar, Maurice, Seychelles, Australie, Inde, Chine… Pourtant, le développement du tourisme avec ces pays se heurte à un problème de délivrance de visas. Au nom d’une politique sécuritaire qui voit avant tout dans l’étranger en provenance de ces pays un immigré clandestin potentiel, ces documents doivent être obtenus au départ du pays de résidence, après constitution d’un dossier composé de pièces justificatives parfois invraisemblables.

Nous avons tous entendu – les professionnels du tourisme les premiers – les promesses d’Yves Jégo, alors secrétaire d’État chargé de l’outre-mer, d’installer dans les aéroports réunionnais des bureaux de délivrance de visas, puis celles du Premier ministre, François Fillon, d’intégrer la Réunion à l’espace Schengen avant la fin 2009. Nous attendons toujours !

Pour contourner cet obstacle administratif, il est désormais possible à tout étranger d’entrer à la Réunion sans visa, à condition de passer par l’île Maurice et par une agence de voyages. Cette mesure méprisante à l’égard des Réunionnais et de nos voisins isole davantage l’île, bloque notre développement touristique et lèse la seule compagnie aérienne réunionnaise desservant la zone.

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur Magras, mes chers collègues, la Réunion dispose d’un potentiel touristique bien réel. Nous en sommes conscients depuis une vingtaine d’années. Encore faut-il que nous le soyons tous, et que nous travaillons dans la même perspective !


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Gélita HOARAU
Ancienne sénatrice de La Réunion

Membre de la commission des affaires sociales

Devenue sénatrice le 24 février 2005 en remplacement de M. Paul Vergès, élu député au Parlement européen

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